Observatoire 2017 des signalements des PAN
en Belgique francophone


Compilation et analyse par Jean-Marc Wattecamps, responsable du réseau d'enquêteurs du COBEPS, en date du 31 décembre 2017

    Introduction

    Les objectifs de cet observatoire sont :
    1. de présenter un état des lieux régulier et cumulé des notifications de PAN en Belgique francophone, toutes organisations confondues ;
    2. sur base de ces données de présenter les principales caractéristiques spatio-temporelles des observations notifiées ;
    3. d'identifier ce qui pourrait être un signal porteur d'informations empiriquement nouvelles en les distinguant du bruit créé par des identifications erronées de phénomènes naturels connus ou anthropiques ;
    4. de questionner les données pour inviter des chercheurs à approfondir certains aspects du phénomène.

    Ce travail est réalisé par le COBEPS, mais il reprend aussi des données collectées et partagées par d'autres organisations et en particulier Belgisch UFO-meldpunt et SOS-OVNI Belgique, le SOBEIPAN (ex REUB) ou le groupe Origine

    Il s'agit de proposer un aperçu de l'activité ufologique belge (Wallonie et à Bruxelles) aussi complet que possible. Toutes vos données sont les bienvenues. Conformément à une décision du COBEPS, ce rapport ainsi que ses données peuvent être repris, copiés, modifiés pour autant que le travail qui en résulte soit distribué avec les mêmes conditions et dans un but non lucratif. La source doit également être mentionnée dans son intégralité : en ce cas www.cobeps.org. Ce type de licence est une « Creative Commons » et signifiée par le logo en bas de page à gauche. Pour plus de renseignements : http://creativecommons.org.

    1. Présentation des notifications au 31 décembre 2017

    Les données présentées ne concernent que les observations faites par des personnes situées sur le territoire belge au moment de l'observation et, essentiellement, dans le centre et le sud du pays (Wallonie et Bruxelles). Il y a également quelques cas signalés par des francophones situés en Flandre. Pour la Flandre, nous vous invitons à consulter le site du Belgisch UFO-meldpunt. Un accord d’échange de signalements existe entre nos deux organisations. Les échanges avec SOS-OVNI et la SOBEIPAN sont aussi fréquents mais non formalisés. Le groupe d’enquête Origine accepte que nous reprenions les données qu’ils publient dans le forum : les ovnis : forum ufologique ; qui est lui-même à la source de certains signalements.

    Sont retenus tous les signalements de phénomènes aérospatiaux non identifiés par les témoins directs. Ils sont centralisés dans une base de données maintenue par le COBEPS depuis 2010 (année du début du relevé). L'observatoire étudie les données compilées depuis lors.

    Les observations reprises dans ce texte ont été réalisées au plus tard le 31 décembre 2017. Le nombre total de signalements recensées à cette date est de 743. Il était de 697 à la fin décembre 2016 (dernier observatoire). Le nombre total de signalement reçus pour l’année 2017 s’élève à 46, mais, 39 d’entre eux concernaient des observations réalisées en 2017.

    Le COBEPS reçoit également trimestriellement 1 ou 2 signalements pour des observations réalisées par des témoins situés en dehors du territoire belge. Elles ne sont pas reprises dans cette base de données à l’exception d’une observation réalisée à Likasi (RDC) en 1976.

    Collecte des notifications

    Ce fichier tend vers l’exhaustivité. Nous ne disposons cependant pas de toutes les sources et il est probable que certains signalements nous échappent. Nous compilons tout ce que nous trouvons sur Internet grâce, entre autres, aux « Alertes Google » avec les mots-clés suivants : « phénomène aérien non identifié Belgique, ovni Belgique, ovni Brabant, ovni Bruxelles, ovni Charleroi, ovni Hainaut, ovni Liège, ovni Luxembourg, ovni Mons, ovni Namur, ovni Nivelles, ovni Tournai, pan Belgique, soucoupe volante Belgique, triangle belge, ufo Belgium, vague belge. » Nous excluons de cette recherche les vidéos YouTube ou Dailymotion qui ne présentent pas assez d’informations pour en identifier avec certitude : les auteurs, lieux, dates, heures. Nous ne compilons pas les sites non francophones pour le moment. D’autre part, nous recevons régulièrement des signalements via des organisations partenaires et exceptionnellement des autorités.

    Tableau 1 : destinataires des 743 signalements
    Destinataires
    Pourcentage des signalements
    COBEPS
    60,43 %
    Forum/blog internet étranger
    7,81 %
    REUB/SOBEIPAN
    7,00 %
    ovni-ufologie.com
    5,38 %
    Presse/TV/radio
    4,98 %
    Les ovnis Forum ufologique
    4,98 %
    SOS-OVNI
    3,36 %
    Belgisch UFO-meldpunt
    2,56 %
    AREPS
    2,56 %
    GERU
    0,27 %
    GEIPAN
    0,27 %
    Police
    0,13 %
    ORIGINE
    0,13 %
    MUFON
    0,13 %

    Seuls 37 cas1 sont incomplets au niveau des dates d’observation ou de signalement. La majorité des observations sont faites dans les tout premiers jours. Internet facilite cette réactivité : 47,7 % des signalements arrivent dans les 24h et 55,4 % dans les 48h (figure 1 : les deux premières colonnes). Cela permet aux enquêteurs de prendre contact avec les témoins rapidement, ce qui est indéniablement un bénéfice pour la qualité de la mémoire des faits.

    Figure 1 : rapidité du signalement d'une observation par un des témoins

    Les signalements récents concernant des observations anciennes (souvent de plusieurs années) portent sur des phénomènes généralement plus complexes et intéressants, mais il est également plus difficile d’enquêter (dernière colonne de la figure 1 : au nombre de 70). Les difficultés résident principalement dans :

    • la qualité altérée de la mémoire des témoins,
    • la difficulté de pouvoir reconstituer les faits, en raison de l’accès ou de la modification des lieux de l’observation
    • l’impossibilité de disposer des données radar, météo pour confronter le témoignage à des éléments d’explication possible.
    • 11 cas sont en cours d'évaluation ou d'investigation par le COBEPS.

    2. Caractéristiques spatio-temporelles des observations

    2.1. Distribution spatiale des témoins

    La figure 2 montre une carte de Belgique où sont superposés la densité de population par commune en 2014 (Source StatBel) et les signalements effectués et localisables en Wallonie et Bruxelles. Nous avons considéré pour le positionnement des signalements : la position des témoins au début de l’observation. Cette localisation n’est généralement pas très précise, car basée sur le géocodage d’une localité ou au mieux d’une rue dans une localité. Nous avons décalé manuellement les points pour éviter des recouvrements tout en les maintenant dans la commune considérée. Il y a 587 signalements placés ainsi sur la carte.


    Figure 2 : localisation des 587 signalements situés en Wallonie et à Bruxelles entre 2010 et 2017 et densité par commune

    Visuellement, il y a une relation claire entre la densité de population et le nombre de signalements durant la période considérée. Nous avons extrait à partir d’un Système d’Information Géographique (QGIS), le nombre de signalements par commune (variable nominale). Nous avons comparé à la densité de population qui est une variable continue qui présente une distribution lognormale (test du Khi², p≲0). La régression simple entre ces deux variables donne un coefficient de corrélation faible de 0,0925 et la probabilité de l’absence de relation est supérieure à 12 % (t-test). Le logarithme népérien de la densité présente lui un coefficient de corrélation de 0,3475 et la probabilité d’une absence de relation est nulle (t-test, p≲0). Des tests non paramétriques peuvent être également appliqués car l’une des variables est nominale. Le test de contingence par Khi² nécessite des regroupements en classe, nous ne l’avons pas fait. Le coefficient de corrélation de Spearman donne une valeur de 0,4460 avec une très faible probabilité d’une absence de relation (t-test, p≲0). Le lien entre densité de population et nombre de signalements est donc statistiquement établi et est moyennement fort eu égard à la nature et à l’imprécision des données en entrée du système.


    2.2. Distribution temporelle des observations

    2.2.1. Annuellement

    L’année 2012 a comptabilisé le plus de signalements avec 124 cas. Nous assistons depuis lors à une diminution constante, d’année en année, des signalements ; à l’exception de l’année 2015. Il n’y a eut que 39 signalements en 2017, soit le nombre le plus réduit depuis 2010, année qui n’est pas significative, car la collecte n’avait pas encore été systématisée ; depuis lors la méthode de collecte est restée la même.

    Figure 3 : Evolution annuelle du nombre des signalements, on observe une diminution assez régulière depuis 2012 (exception faite de 2015)

    Classement des signalements

    Au terme d'une enquête plus ou moins approfondie, selon les cas2 on classe les phénomènes aériens (PAN) en :

    • A : sont parfaitement identifiés ;
    • B : qui sont probablement identifiés ;
    • C : qui sont bien enquêtés, assez étranges, selon les témoignages, mais l’information disponible pour réaliser un contrôle ne permet pas de se prononcer de manière certaine sur le caractère non identifié du cas ;
    • D : qui restent non identifiés par des personnes compétentes qui disposent d’assez d’informations pour se prononcer suite à une enquête approfondie.

    Le COBEPS a ajouté le code « X » à sa base de données dans la colonne consacrée au classement des PAN. Ce code a été appliqué aux données de l’ensemble de la base en février 2016. « X» signifie globalement « non investigué » : il n’y a pas eut réellement de recherche pour différentes raisons (cas peu étrange : lumière nocturne très éloignée, formulaire très incomplet, absence des coordonnées des témoins...) et donc les renseignements sont insuffisants pour un classement effectif. Dans notre base de données vous trouverez encore le code « EC » : évaluation ou enquête en cours.

    Ce classement est inspiré de celui du GEIPAN

    Globalement pour obtenir une concordance entre les deux classements, il faut considérer les PAN X du COBEPS comme des PAN C.

    Tableau 2 : Classement GEIPAN par année (439 cas)
    Années
    A
    B
    C
    D
    Total
    2010
    7
    8
    9
    2
    26
    2011
    38
    17
    19
    5
    79
    2012
    36
    36
    8
    4
    84
    2013
    40
    22
    8
    3
    73
    2014
    36
    21
    7
    2
    66
    2015
    27
    23
    5
    1
    56
    2016
    22
    12
    1
    35
    2017
    10
    9
    1
    20
    Total
    216
    148
    58
    17
    439

    La quantité de PAN D diminue ces dernières années. La proportion passe de 7,69 % en 2010 à 0 % en 2017. Il n’y a plus aucun PAN D depuis 2015 ! En corollaire la proportion de PAN A a tendance à augmenter.

    Figure 4 : Baisse de la proportion de PAN D et hausse de celle des PAN A

    Ces tendances, inversement proportionnelles, s’expliquent très certainement par l’approfondissement des enquêtes. Celui-ci est permis, entre autres, grâce à un meilleur accès à l’information météorologique, astronomique, aéronautique ; ou par un meilleur traitement des données photographiques.
    (cfr. version vidéo et version PDF)

    Notons que 6 enquêtes sont encore en cours mais, à part l’une d’entre elles, toutes datent d’avant l’année 2010.

    2.2.2. Mensuellement

    Une étude détaillée de la variabilité mensuelle du nombre de signalements des années 2011, 2012, 2013, 2014 et 2015 a été réalisée en 2016 et a abouti à la mise en place d’un système de surveillance de l’activité ufologique en Belgique francophone (Tableau de bord et Wave Detector). Lors de ces cinq années de référence, la méthode de collecte des signalements est restée inchangée et tous les événements susceptibles d’expliquer l’évolution saisonnière ou une tendance générale du nombre de signalements ont été intégrés et en quelque sorte « normalisés » (observation spectaculaire d’OVNI, événement astronomique ou astronautique, éventuelle campagne de communication nationale ou internationale, sortie de films ou d’autres productions culturelles susceptibles d’influencer le nombre de signalements). Tout écart prolongé (sur plus de deux mois) par rapport à cette référence, peut être interprété comme une hausse anormale de signalements, entraîner un degré de vigilance accru et des méthodes d’enquête adaptées. La figure 5 montre le relevé mensuel des signalements positionné arbitrairement le 15 de chaque mois et la figure 6, la distribution de cette statistique en 2017 par rapport aux seuils d’alerte.

    Figure5 : série temporelle du nombre mensuels de signalements du 01/2010 au 06/2017

    Figure 6 : prévisions (courbes jaune, orange, rouge) et observations (bleu) du nombre de signalements mensuels en 2017

    Les six derniers mois de l’année 2017 sont sous les seuils minima des années 2011 à 2015 et il n’y a pas eu l’effet saisonnier observé les années précédentes.


    3. Analyse signal/bruit

    Le COBEPS analyse les signalements qui lui parviennent et les classifie selon la codification GEIPAN modifiée, telle qu’expliquée plus haut (par. 2.2.1.). Le COBEPS est parfois amené à évaluer des cas signalés à d’autres organisations si l’identification est évidente. Cependant, chaque association ou groupement dispose de ses propres protocoles et nous retenons bien entendu en priorité leur classement, le cas échéant. Sans information, nous classons en PAN X.

    Évaluations réalisées :

    • 466 cas ont été classés A/B/C ou D selon la nomenclature GEIPAN
    • 60 ont débouché sur la production d’un compte rendu d’enquête (CRE) ou d’un rapport (RDE) par le COBEPS, ce qui sous-entend une enquête approfondie ;
    • 39 dossiers d’enquêtes sont publiés sur le site Internet du COBEPS ;
    • 9 cas sont en cours d'évaluation ou d'investigation par le COBEPS.

    Des enquêtes approfondies sont menées, si l’observation répond à un minimum de trois critères sur cinq (filtre). L’un des critères les plus importants est le nombre de témoins qui doit être au minimum de deux. Elles débouchent sur des rapports dont certains sont rendus publics, suivant les autorisations données par les témoins. Il arrive que nous réalisions des enquêtes dans les cas d’observations qui ne rencontrent pas ces critères soit parce qu’il s’agit d’un cas intéressant pour la formation des enquêteurs, parce que les médias se sont emparés du dossier, parce que nous collaborons avec d’autres organisations ou parce que les témoins sont particulièrement choqués et en demande d’être entendus.

    Le tableau 3 indique les résultats annuels de l’évaluation de chaque cas selon nos différents critères et le nombre d’enquêtes initiées alors que le filtre indiquait de ne pas la faire.

    Tableau 3 : enquêtes menées selon ou contre l’application du filtre
    Enquête en application du filtre
    Enquête malgré le filtre
    Année
    OUI
    OUI
    2010
    5
    8
    2011
    6
    1
    2012
    3
    2013
    2
    1
    2014
    8
    2
    2015
    9
    2
    2016
    8
    2017
    5
    1
    Total général
    46
    15

    À noter que les témoins peuvent refuser une enquête et que la seconde colonne n’est pas à jour : certaines enquêtes ont été menées, mais elles n’apparaissent pas dans le décompte des OUI. Le nombre en application du filtre additionné à celui des enquêtes menées contre l’application de celui-ci ne correspond donc pas au nombre de rapports réalisés.

    3.1. Classification GEIPAN

    Seuls 20 phénomènes restent non identifiés (toutes associations et époques confondues) sur 466 cas classés selon la nomenclature GEIPAN. Le taux global de PAN D (phénomène non identifié après enquête) est de 4,3 %.


    Figure 7 : répartition en classe GEIPAN de l’ensemble de la base de données

    3.2. Analyse des phénomènes de types A et B

    Ce que l’on peut dire, c’est que dans la plupart des cas, l’identification des phénomènes de type A est très rapide et évidente. Elle ne nécessite généralement pas d’enquête approfondie. Les cas B sont un peu plus difficiles à identifier, car il manque des paramètres ou les descriptions sont partiellement contradictoires avec l’identification.

    L’une des constances des témoignages qui aboutissent à un classement A, c’est que les descriptions sont suffisamment précises et conformes pour permettre une identification souvent assez rapide par l’enquêteur. Les témoins ne sont pas victimes d’illusions, n’expriment pas de fantasme mais seulement ce qu’ils ont observé selon leur point de vue.

    Les identifications les plus fréquentes depuis 2010 restent très largement les lanternes célestes. À elles seules, elles représentent 49 % des 364 observations identifiées (PAN A et B – Tableau 4) et 67 % des cinq plus fréquentes explications.

    Tableau 4 : les cinq identifications les plus fréquentes

    GEIPAN

    Indentification
    a
    b
    Total général
    Lanternes célestes
    113
    66
    179
    Avion
    19
    22
    41
    Bolide
    9
    10
    19
    Vénus
    11
    6
    17
    ISS
    10
    1
    11
    Total
    162
    105
    267

    Étant donné cette fréquence très significative, le COBEPS a mis au point un système d’identification semi-quantitatif rapide. Celui-ci est disponible en libre utilisation, sous la forme d’un fichier tableur pour Libre/Open Office ou pour la suite de Microsoft.

    La proportion d’observations expliquées par lanternes, par rapport aux cinq explications les plus fréquentes, tend à diminuer, signe, peut-être, que les témoins les connaissent. Ce qui pourrait aussi en partie expliquer la diminution du nombre de signalements. En 2017, c’est Vénus qui a été à la source du plus grand nombre de confusions.

    Figure 8 : la proportion de lanternes, parmi 5 source de confusion, diminue depuis 2015